Chronique pour le magazine Cles "Le vieux sage en moi" Illustration : Aurore Petit pour CLES

Le vieux sage qui est en moi

Chronique Cles
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Y mettre du sien finit toujours par faire du bien. Car c’est finalement l’expertise qui donne du chien. Je viens seulement de l’admettre, et je tombe un peu de haut. Pardonnez ma naïveté mais, la grâce ne signalant pas les efforts, j’ai longtemps regardé le talent des autres comme un don.

Avant-hier, j’étais sur une scène

C’était à mon tour de l’occuper, d’articuler, d’intéresser. Si j’avais su chanter ou danser, je l’aurais fait bien volontiers. Face à moi, plus de 600 personnes aux histoires, sensibilités et sourires différents. Ils riaient, répondaient, s’émouvaient et se reliaient.

Je connaissais mon texte, ce n’était pas sa première fois. Mais il se produisait là quelque chose d’autre. De plus fluide, précis, souple et libre. Mieux construit, peut-être aussi. La première fois déjà, j’avais assuré. Mémoire au carré, costume repassé, travail fourni, public satisfait. Mais cette fois-ci, la source coulait à Flo.

Entre les deux, j’ai tant travaillé…

J’ai dû grimper sur 50 plateaux où parfois mes blagues se vautraient, mes propos se mélangeaient ou mon énergie se figeait. Rien de très grave, mais tout m’a appris, m’a servi, m’a punie ou incitée. En un mot : j’ai vieilli.

Chaque apparition était comme un jour de vie apportant sa petite leçon, ciselant et imprimant ce qu’aucune théorie ne peut fournir : l’expérience. Distinguer les rires, les gamelles et les soupirs. ­Attraper les vibrations pour insister, se rétracter ou se régaler.

J’ai progressé.

Et même si rien n’est jamais gagné, ce petit mieux m’a beaucoup amusée et sacrément récompensée. J’en retire que, sur moi-même, j’ai vraiment pu compter. Le constater m’indique une avancée, celle des promesses d’un travail appliqué. Alors je cherche les autres domaines de ma vie où seule la maturité acquise participe à la virtuosité : aimer, créer, élever ses enfants, cuisiner, méditer, voyager légèrement…

Surtout, je ris de mon impatience et de mon désir fréquent d’immédiateté, car leurs limites me sautent au nez. Des plus belles choses que je vis, de moins en moins sont le fruit d’un simple instant. L’expérience est une contrepartie fantastique à tout ce qui a été enduré, surmonté, travaillé et ressassé. Trop curieuse de découvrir et d’avancer, je n’avais pas mesuré à quel point il était nécessaire de répéter pour se perfectionner.
Regard simplet, me direz-vous ? Certainement. Car avant d’être vieux et sage, il faut être jeune et con. Et aujourd’hui, je comprends enfin l’importance de mélanger les deux.

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2 commentaires sur “Le vieux sage qui est en moi”

  • Sabine Lombois dit :

    Merci Florence pour cette tres belle reflexion que je partage largement. J irai plus loin en précisant que la répétition et le travail ancrent les choses apprises à tel point qu elles modifieraient nos gènes. Faire ces choses nous semblent tellement plus simples qu il nous est alors possible de sentir des sensations nouvelles en les pratiquants, notre conscience n etant plus focalisée sur le faire.

  • Happy Amina dit :

    Qu’est-ce que j’aime votre plume, Florence 🙂

    Merci pour cette « sage » transmission qui fait écho chez moi, quelques jours avant mes 45 ans.

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