Chronique de Florence Servan-Schreiber pour Clés llustration : Aurore Petit pour CLES

“Awe”, sublime et poils dans le cou

Chronique Cles
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Les recherches sur les émotions positives battent leur plein. Je rentre de Californie où les laboratoires continuent de disséquer nos vibrations et élans. Les équipes de l’université de Berkeley nous ont réunis dans un endroit extraordinaire, accroché à une falaise du Pacifique, pour nous livrer leurs derniers travaux sur l’émerveillement.
Pourquoi là ? Car nous allons parler de l’impact du sublime sur nos expériences. C’est une manœuvre pédagogique.

 

Le awe

Le sujet du jour est le awe : le fait d’être en présence de quelque chose de vaste qui nous dépasse. Le chercheur Dacher Keltner nous met dans le bain : « Quels sont les trois derniers instants au cours desquels vous avez ressenti cela ? » Les réponses varient : face à l’océan, en surprenant des papillons faire l’amour en vol, en observant une caravane de fourmis, à la naissance d’un bébé, lors du rassemblement « Je suis Charlie », etc. Comment savoir si c’en est ? Souvent, le awe nous dresse les poils dans le cou. C’est une réaction animale.

Nous vivons, en moyenne, deux à trois expériences aussi fortes par semaine. Elles se déclenchent grâce aux autres, lors de moments de contemplation, quand nos capteurs sont bien ouverts, et souvent dans la nature. Mais Keltner a noté des schémas géographiques. En Amérique, les paysages grandioses et les animaux sauvages donnent cette sensation d’appartenir à un tout bien plus grand. Mais ce qui émerveille les habitants de Barcelone, c’est du jambon qui fond dans la bouche ou une passe victorieuse de leur équipe de foot.

 

Notre niveau de bonheur

Or, notre tendance à vivre de tels instants prédit notre niveau de bonheur. Pourquoi ? Car elle réunit trois aspects indispensables à notre bien être.

C’est une réalisation individuelle que l’on se “prend dans la figure”. L’égo et les frontières disparaissent. A cet instant précis, nous nous sentons appartenir à un tout plus vaste. A l’humanité.

L’humilité nous envahit. Et il faut être humble pour se rapprocher des autres. L’humilité est provoquée par la grandeur pas par la honte.

On renoue avec ses valeurs et sa morale. Il suffit de passer 7 minutes dans un bois millénaire pour ne plus considérer que le monde tourne autour de nous et être enclin à rendre service.

 

Alors que faire, pour en vivre plus ?

Apprendre à respirer en conscience, sortir dehors, écouter de la musique, lire et s’exposer à des oeuvres d’art, danser. Découvrir des grandes théories, se laisser inspirer par des gens, écouter ce qu’ils ont à dire. Reculer d’un pas pour observer ce qui nous entoure, comme si nous étions le spectateur de nos vies.

Et ne pas oublier, quand on ressent plus, tout n’est pas toujours positif. Les colères du ciel, par exemple, peuvent être vécues comme un spectacle grandiose, ou une menace. La force s’exprime toujours dans les deux sens.

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